Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mardi, 19 mai 2015

REFORME DU COLLÈGE.

Le comité de l’AFPE, association de professeurs d’espagnol, souhaite à son tour exprimer certaines réserves devant la réforme du collège, en ce qu’elle concerne les langues.

 

1)   La France a besoin de spécialistes de langues. Présenter l’introduction de la LV2 en 5ème comme une généralisation des classes bilangues et européennes ne correspond pas à la réalité, puisque le nombre d’heures de cours dans chacune des deux langues se verra diminué - d’une heure en LV1 à partir de la 5ème, d’une demi-heure en LV2 par rapport à l’horaire actuel en 4ème et en 3ème. Or toutes les études montrent que les progrès en langue vivante sont proportionnels au temps d’exposition hebdomadaire à cette langue, surtout chez un public jeune. Ce n’est pas en diluant au niveau national les moyens qui étaient consacrés à ces classes bilangues qu’on augmentera le nombre de linguistes dont notre pays a besoin dans un contexte de compétition économique. L’égalité absolue n’a jamais servi personne ; l’excellence, en tant que modèle à atteindre, doit être au contraire une ambition à proposer à la jeunesse de ce pays.

 

2)   La diversité linguistique est une richesse pour un pays. La disparition des classes bilangues et européennes risque d’avoir de lourdes conséquences pour l’enseignement de l’allemand – leur maintien en cas d’apprentissage de cette langue en primaire ne pouvant être que marginal, puisqu’en primaire, seuls 6% d’élèves sont initiés à l’allemand, 93% de la proposition d’apprentissage d’une langue étrangère concernant l’anglais. C’est donc un biais par lequel on risque de renforcer le « tout anglais », qui appauvrit la formation des jeunes (savoir parler « globish » n’ouvre pas de portes) et qui justifierait à terme la disparition de toute autre langue vivante aux différents concours nationaux qui jusqu’à présent maintiennent heureusement une offre linguistique diversifiée dans leurs épreuves, malgré la récente imposition, regrettable, du tout anglais à l’ENA.

 

3)   La jeunesse a besoin d’enracinement et de repères. En tant qu’enseignants d’une langue romane, nous tenons également à exprimer notre inquiétude quant à l’avenir de l’enseignement des langues anciennes, latin et grec, qui en étant diluées au sein des EPI, se voient fragilisées : horaire d’enseignement disciplinaire réduit et laissé à la discrétion des établissements, solution de continuité de cet enseignement pendant les années de collège. Or l’apprentissage du latin et du grec est une aide indéniable à la formation de l’esprit logique et à la connaissance du français, et une ouverture à de nombreuses langues et cultures européennes – à la condition que cet enseignement soit digne de ce nom.

 

4)   L’enseignement public mérite aussi l’excellence. Une conséquence possible de ces mesures nous préoccupe également : ne risquent-elles pas à terme de creuser encore davantage les inégalités en renforçant l’enseignement privé, qui pourra, lui, répondre à la demande de familles qui auront les moyens de maintenir leurs enfants dans un système d’excellence – non pas élitiste, la différence est d’importance –, avec classes bilangues, enseignement disciplinaire du latin et du grec ? Si l’enseignement public renonce à permettre aux élèves issus de familles modestes d’accéder à l’excellence, alors l’élite se la réservera encore plus.

 

Le comité de l’AFPE, s’il ne s’associe pas à la contestation politicienne de certains, espère que le ministère ouvrira de vraies négociations, avec les acteurs de terrain que sont les professeurs, pour éventuellement revenir sur les aspects les plus discutables de la réforme du collège et réfléchir ensemble sur un projet viable. Que ce soit dans les bureaux ministériels ou dans les salles de classe, nous sommes mus par la volonté d’offrir à tous les jeunes collégiens un authentique enseignement de qualité. La France est l’un des pays d’Europe où les langues sont le moins enseignées : il est temps d’en renforcer les moyens (enseignement précoce à l’école primaire, augmentation du nombre d’heures de langues, réduction du nombre d’élèves par groupe, introduction des langues étrangères dans les autres enseignements, etc.) au lieu de supprimer les rares sections qui formaient encore des individus intellectuellement et linguistiquement aptes à poursuivre des études et à trouver leur place dans notre société et dans le monde.

 

Le comité de l’AFPE